Qu’est-ce que l’Association
Chaplin ?
L’Association Chaplin a été fondée
en 1992 afin de protéger l’œuvre
et le droit moral du travail cinématographique
de Charles Chaplin par les enfants Chaplin.
Est-ce l’Association Chaplin qui est
allé voir Marin Karmitz (MK2) afin de
lui proposer le catalogue Chaplin en vue d’une
réédition spécifique ?
Comment se sont déroulées les étapes
de ce travail d’envergure ?
Durant trente ans, c’est Moses Rothman
, un distributeur canadien de la Columbia basé en
Angleterre, qui s’occupait des films. Il
avait été choisi par Charles Chaplin
lui-même, il avait fait la ressortie des
films dans les années soixante-dix entre
autres. Les droits allaient jusqu’à fin
2001 et cela s’est su très vite
que nous recherchions quelqu’un. Nous avions
entrepris les démarches dans ce sens là,
sans en faire de la publicité quand nous
avons été contactés par
MK2. Nous connaissions le groupe MK2 pour ses
salles uniquement sans savoir exactement qui était
Marin Karmitz. Il est arrivé et la première
chose qu’il a dite c’était
sa volonté de faire ressortir les films
en salle, qu’ils sont faits pour le grand écran.
Tout son discours était le discours idéal
que nous avions déjà dans nos têtes
durant ces recherches d’un distributeur.
C’était fabuleux. Je me souviens
lorsqu’il est parti, on se disait « ah
!!! C’est génial » On jubilait.
Bon ensuite il fallait en discuter avec la famille
qui devait voter les questions importantes au
sein de l’Association Chaplin, notre travail
est de conseiller d’amener des informations
de soumettre des propositions et ce sont les
huit enfants Chaplin (Géraldine, Michael,
Joséphine, Victoria, Eugène, Jane,
Annette, Chistopher) qui décident. L’Association
Chaplin est une association suisse créée
après la mort de Lady Chaplin. C’est
Roy Export qui détient les droits des
films, l’Association Chaplin fait le lien
entre tout mais tout est dans le même panier.
On a du donc expliquer à la famille Chaplin
dont certains ne résident pas en France
qui était MK2. Cela a dépassé toutes
nos espérances car c’est énorme
ce qui a été fait.
La
Cinémathèque de Bologne avec
le Projet Chaplin (Progetto Chaplin) était-elle
dès le départ associé avec
MK2 ?
C’est une longue amitié que nous
avons avec la Cinémathèque de Bologne.
Chaque été, durant leur festival,
ils font des projections des films de Chaplin
avec un accompagnement musical d’un orchestre.
Et une année, Gianluca Farinelli le responsable
du festival me dit « mais c’est quoi
là votre copie pas très nette ? » J’étais
désolée de lui dire que c’était
tout ce qu’on avait à lui proposer.
Pour la projection avec orchestre de La ruée
vers l’or, Kevin Brownlow et David Gill
ont parcouru le monde entier et les archives
pour retrouver les meilleurs éléments
et c’était un budget énorme.
Je lui dis que pour le Kid on va le faire ainsi
avec moins de moyens et Gianlucca me dit qu’ils
ont mieux à nous proposer, si cela nous
intéresserait et que l’on regarde
ensemble comment faire. C’est parti de
là. Ils ont trouvé une copie nitrate
du Kid dans leurs archives, en sachant très
bien qu’ils l’avaient déjà !
(rires)
Petit à petit c’est devenu un projet
plus important, Gianluca s’investissait
pour la restauration des films, il avait trouvé un
financement auprès d’une fondation
bancaire à Bologne. Mais surtout, ce qui était
important pour nous, c’est que la cinémathèque
scannait toutes les archives. Il a pu mettre
en place ce dispositif énorme où en
permanence il y a 4 personnes qui scannent tous
les documents Chaplin. Il y a quelques documents
de ses jeunes années mais dès qu’il
a eu ses propres studios Les Chaplin Studio en
1918, tout a été gardé.
C’est fabuleux car j’ai l’impression
que maintenant nous avons atteint notre but.
Nous avons MK2, les merveilleux DVD faits avec
un soin incroyable, la cinémathèque
de Bologne qui archive. C’est fini !
A
terme, les archives Chaplin seront-elles
mises à la
disposition des chercheurs et universitaires
sans oublier les nombreux passionnés de
l’œuvre Chaplin de part le monde ?
Oui absolument. Il y aura sur
Internet le catalogue complet avec un descriptif
de chaque document
et dont certains sur lesquels on pourra cliquer
pour les voir plus précisément.
Ce sera géré par la Cinémathèque
de Bologne. Pour ceux qui veulent plus de renseignements
dans le cadre d’une recherche plus précise
ils peuvent nous contacter à l’Association
Chaplin, car il existe des documents très
privés et fragiles, certes pas beaucoup,
mais on ne veut pas les mettre à la disposition
du public aussi librement. Tout le reste sera
en libre usage à la bibliothèque
de Bologne. A terme, nous devrions aussi entreprendre
ce même travail avec les archives des Artistes
Associés aux Etats-Unis (United Artists
entreprise de distribution de films fut fondée
en janvier 1919 par Charles Chaplin, Mary Pickford,
Douglas Fairbanks et David W. Griffith) et tout
ce qui a partout dans le monde sur Chaplin afin
de les rassembler dans un même lieu. Il
existe encore des documents fabuleux de part
le monde. Par exemple, quelqu’un m’a
envoyé une lettre rédigée
par lady Chaplin pour la femme de Hans Eisler
où elle lui raconte la sortie de Monsieur
Verdoux à Los Angeles.
Charles
Chaplin était un homme du monde
qui avait énormément de relations
et dont les descendants doivent détenir
des documents privés inestimables.
Il y a de véritables trésors effectivement.
Il existe des albums avec les coupures de presse
tenus depuis 1918. Imaginer des classeurs énormes
comme ça (Kate joint le geste à la
parole mimant parfaitement l’ampleur des
documents collectés.) Ils sont très
fragiles, on ne sait pas comment les scanner.
Vous avez pour chaque colonne une cinquantaine
de coupures de presse empilées les unes
sur les autres, et souvent ça dit la même
chose sur un support papier qui se dégrade.
C’est génial car c’est tout
le XXème siècle que vous avez sous
vos yeux.
Qu’en
est-il du dernier film de Charles Chaplin
La Comtesse de Hong
Kong ?
Cela fait très longtemps que cela nous
tracasse car ce film ne nous appartient pas.
C’est le seul film (outres les premiers
de la série Keystone) que Charles Chaplin
n’a pas produit. Il est à Universal.
Et depuis des années et des années
j’essaye, à chaque fois, de le récupérer,
et ce bien avant le projet avec MK2. En vain.
J’ai essayé dans tous les sens,
avec Universal en Grande-Bretagne, avec des avocats
aux Etats-Unis. La réponse était
toujours la même : c’est bloqué dans
notre ordinateur. Moi je savais trsè bien
pourquoi c’était bloqué dans
leur ordinateur : Universal UK (Grande Bretagne)
avait conclu un contrat d’exclusivité avec
Universal USA qui était expiré.
Point c’est tout. Ils s’en foutait
en fait ! Jusqu’au jour où je reçois
un mot griffonné à la main sous
l’égide de leur avocat « oui
nous avons établis que nous avons bien
les droits. » Bon très bien, je
lui réponds « Chouette ! Et maintenant
comment fait-on pour récupérer
les droits du film ? ». Je n’ai jamais
eu de réponses depuis. Mais je sais que
MK2 y travaille actuellement. Et je pense que
MK2 va y arriver. Tant mieux.
XXXII
Mostra Internazionale del Cinema Libero
IL CINEMA RITROVATO
Festival « Le Cinéma Retrouvé »
du 28 juin au 5 juillet 2003 à Bologne
ligne directe : +39 051 20 48 14 – cinetecamanifestazioni1 @comune.bologna.it
Coordination du festival : Guy Borlée tel : +39 051 20 48 13
Outre
le rendez-vous avec Chaplin avec des séances
spéciales sur les films restaurés
chaque année depuis 1999 par la Cinémathèque
(Le Cirque et Une vie de Chien) le festival
rend un hommage à l’inventeur
du Cinémascope Henri Chrétien
avec la projection de La Robe d’Henry
Koster (1953). L’année 1903 du
cinéma sera à l’honneur
avec la FIAF (Fédération Internationale
des Archives du Films La Fédération
Internationale des Archives du Film (FIAF)
regroupe les institutions qui consacrent leurs
activités à la sauvegarde des
films, considérés tant comme
des oeuvres d'art que comme des documents historiques.
Fondée à Paris en 1938, la FIAF
a pour but de conserver et de montrer les films,
conjuguant les efforts des plus importantes
archives du monde. Aujourd'hui, plus de 120
institutions situées dans plus 65 de
pays récupèrent, restaurent et
montrent des films et des documents relatifs à l'histoire
du cinéma, de ses débuts jusqu'à nos
jours. [www.fiafnet.org)
Jean
Durand, Francesca Bertini, Werner Schroeter,
Murnau, Nicholas Ray, Mankiewicz, Max Ophuls
John Ford (Bucking Broadway une rareté de
1917 restaurée) Léonce Perret
seront à l’honneur durant cette
semaine riche d’évènements.